• { Numérique }
  • { Rédigé par FEKRANE Catherine   }

L'évolution d'Internet peut être abordée sous deux angles : usages et applications d'un côté, et infrastructure de l'autre.

Du point de vue des usages et des applications, on peut constater un certain nombre de « ruptures », notamment autour des « réseaux sociaux » (« web 2.0 »). Cependant, ces ruptures sont conditionnées par deux contraintes de plus en plus fortes, voire étouffantes pour certains. D'abord, l'adoption massive d'une nouvelle application passe presque exclusivement par le Web, service très omniprésent et surtout ne subissant aucun filtrage en général. La loi de Metcalfe qui stipule que l'« utilité d'un réseau est proportionnelle au carré du nombre de ses utilisateurs » explique d'ailleurs en grande partie cet attachement au Web comme service sous-jacent aux usages innovants, une manière d'optimiser à la fois l'étendue et le délai de déploiement desdits usages. Ensuite, dans un contexte où IPv4 est encore la version dominante (par rapport à IPv6) et où les adresses IPv4 se font de plus en plus rares (nous sommes déjà dans la gestion de la pénurie depuis des années), les applications doivent s'accommoder des NAT (boîtiers de traduction d'adresse) pour pouvoir avoir une chance de se parler entre elles. Si cela ne pose pas de problème pour une bonne partie des applications « client-serveur » classiques (web, DNS, mail...), les développeurs d'applications multimédia se plaignent à l'unanimité des difficultés pratiques et de la surcharge (en terme de programmation) quant à l'interaction avec ces NAT, voire leur contournement. Ces deux contraintes fortes constituent manifestement un réel frein à l'invention et à l'innovation. Autrement dit, en dépit des innovations incontestables qui ont vu le jour sur ces dix dernières années, nous pourrions en avoir nettement plus s'il n'y avait pas ces contraintes.

Du point de vue de l'infrastructure, il n'y a pas eu réellement de rupture. La tendance est plutôt à une « ossification », voire à une « fossilisation ». Les protocoles de routage (notamment BGP), le système de nommage (DNS) constituent des infrastructures lourdes nécessitant la coopération d'un grand nombre d'acteurs. Schématiquement, deux écoles font actuellement ce constat, mais y apportent des réponses différentes. Si l'une propose d'améliorer ce qui existe sans prendre de risques forts de « casser » quelque chose qui fonctionne et qui a même fait le succès de l'Internet, l'autre milite pour un changement radical en reprenant Internet depuis le départ (« clean slate »). L'un des exemples illustrant la difficulté à faire bouger l'infrastructure réseau, c'est le protocole IPv6. Alors qu'il ne s'agit que du successeur d'IPv4 (pas de révolution fonctionnelle mais surtout des extensions nécessaires), près de quinze ans après la sortie des premières spécifications (1995 par l'IETF), la pénétration d'IPv6 est encore négligeable par rapport à IPv4.

Lire la suite : http://www.innovationlejournal.com/spip.php?article5167